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Moi journaliste

Moi journaliste
24/04/2014

Extrait d’un quotidien de référence : « Les immatriculations de voitures neuves en Europe ont bondi de 10,6 % en mars. PSA Peugeot Citroën et Renault ont respectivement enregistré des progressions de 10,9 et 30,4 %. »

En lisant ces lignes, on pourrait aisément tirer des conclusions hâtives sur la reprise du secteur automobile… la réalité est bien plus compliquée. Alors les journalistes manipulent-ils le « bon peuple » ? Peut-on résumer la santé de l’économie automobile à l’évolution des immatriculations de voitures neuves d’une année sur l’autre?

Ah non, c’est un peu court, on pourrait dire bien des choses en somme, en variant le ton, par exemple tenez :

- Moi journaliste, je dirai que près de 20% des immatriculations sont des immatriculations « tactiques » (loueurs courte durée, immatriculations propres…) qui dépendent notamment des impératifs de présentation des constructeurs, et qui faussent donc l’analyse dans les grandes largeurs.

- Moi journaliste, je parlerai de la base de référence, comparer un résultat par rapport à l’année antérieure pose inévitablement la question de la performance lors de la dite année antérieure.

- Moi journaliste, je dirai que les véhicules immatriculés aujourd’hui sont souvent les commandes d’il y a plusieurs mois et que la tendance du moment ne l’est donc plus.

- Moi journaliste, je dirai que la filière automobile n’est pas composée que de constructeurs aux politiques plus ou moins claires et d’usines employant quelques dizaines de milliers de salariés mais aussi de concessionnaires, de filiales, de succursales, d’agents, de garagistes employant des centaines de milliers de collaborateurs dont le modèle économique n’est pas seulement lié aux volumes d’immatriculations de véhicules neufs.

- Moi journaliste, je dirai qu’il existe un marché considérable de la réparation automobile, un marché colossale de la pièce de rechange, et un marché du véhicule d’occasion qui représente juste et quasiment le triple du marché du véhicule neuf !

- Moi journaliste, je dirai que l’on peut faire de la croissance d’immatriculations non rentable tant à la production qu’à la distribution. Et que le seul critère de volume est donc largement insuffisant pour mesurer la bonne santé d’une économie.

- Moi journaliste, je dirai que malgré la reprise des ventes, le référentiel est bas et que les volumes restent historiquement faibles. Moi journaliste, je dirai que les réseaux de distribution sont globalement sous tension.

- Moi journaliste, je distinguerai les différents types de réseaux, je mettrai en avant la révolution digitale et ses enjeux, j’évoquerai l’évolution de l’offre de mobilité… mais cela prendrait un peu plus de temps !!!

Voilà ce que l’on pourrait au moins évoquer si l’on avait un peu de conscience professionnelle, et surtout la volonté de prendre de la hauteur afin d’apporter un réel éclairage sur une situation infiniment plus complexe que le niveau des immatriculations, mais certains ou beaucoup préfèrent les raccourcis faciles, partiels… et donc parfaitement inutiles.

On influence ainsi le bon peuple qui se fait une bien fausse idée de la situation.


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