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Quand les excès de vitesse étaient une mode

Quand les excès de vitesse étaient une mode
09/09/2015

À quelques starlettes près, être condamné pour excès de vitesse est loin d’être glorieux pour qui que ce soit. Mais il y a plus d’un siècle, c’était une mode !

Pour être honnête avec vous, l’idée de cet article m’est venue cet été en visionnant une vidéo sur le site du journal Le Parisien. Une chronique y racontait comment la Duchesse Anne d’Uzès de Mortemart est considérée comme la première automobiliste à avoir reçu une amende pour vitesse exagérée. C’était le 7 juillet 1898. Ce que la vidéo ne dit pas, c’est que ce jour là, le tribunal de simple police du XVIe arrondissement de Paris condamna également 9 hommes pour excès de vitesse, dont 3 chauffeurs.

Certificat de capacité

Le papier rose que nous avons tous (ou la petite carte blanche) ne porte le nom de permis de conduire que depuis un décret du 31 décembre 1922. Avant cela, on obtenait un certificat de capacité automobile. Il était délivré par les Mines après démonstration de quelques manoeuvres de démarrage et d’arrêt. Rien à voir avec les heures et les heures de code et de conduite à devoir endurer de nos jours. Ce qui est vrai, c’est que la Duchesse Anne d’Uzès de Mortemart fut l’une des premières, si ce n’est la première femme à obtenir le certificat de capacité automobile (le 12 mai 1898). En plus de savoir grossièrement se servir d’une automobile, les conducteurs ne devaient pas ignorer l’ordonnance du 14 août 1893 qui établissait alors les bases du code de la route. Elle y fait notamment mention des limitations de vitesses : 12 km/h en zone habitée, 20 en pleine campagne. À cette époque déjà, les capacités automobiles sont supérieures. Par exemple, la Delahaye Type 1 que possédait la Duchesse pouvait atteindre les 30 km/h. C’est en proportion comme posséder une voiture capable d’aller à 200 km/h quand les autoroutes sont limitées à 130.

Un jour d’emprisonnement en cas de récidive !

Si la Duchesse Anne d’Uzès de Mortemart n’est pas tout à fait le premier chauffard de l’Histoire, son histoire racontée dans le Parisien comme dans les journaux d’alors reflète bien la question automobile en cette fin du XIXe siècle. Au coeur du bois de Boulogne, la police lui reproche (à elle et son fils à ses côtés) d’avoir « circulé avec une vitesse exagérée, au risque de commettre un accident » comme le souligne le journal Le Matin via Gallica. Le journal, dans une édition ultérieure, détaille l’audience et l’absence des deux contrevenants représenté par un « mandataire ». Extrait.

- Le Juge : « Quand ils sont sur leur machine, les conducteurs d’automobile ne savent plus à quelle vitesse ils marchent… »

- Le mandataire : « Pardon, sur chaque machine se trouve un indicateur de vitesse ».

Le tribunal condamna Mme la Duchesse et le Duc d’Uzès à 5 francs d’amende (environ 200€), la peine maximale. Ce jour là, 9 autres personnes furent condamnées à la même amende pour excès de vitesse à Paris, tous des hommes. L’article précise par ailleurs que l’éventualité de la récidive est déjà pensée avec au-lieu d’une suspension ou d’un retrait de certificat ni plus, ni moins qu’un jour d’emprisonnement !

Brevet de mondanité

Les premières affaires d’excès de vitesse à Paris eurent un retentissement considérable alors que seulement quelques voitures circulaient. La sanction reçue par la Duchesse Anne d’Uzès de Mortemart et ses acolytes eut tout le contraire de l’effet dissuasif ! En effet, cela devint une mode dans le cercle fermé des automobilistes d'être condamné pour excès de vitesse. C'était un signe de distinction sociale. Dans le colonnes de Gil Blas, on lit alors : « Il est d’ores et déjà du dernier cri de comparaître devant le tribunal de police comme contrevenant au règlement de la circulation des voitures automobiles. Hier déjà, prenant l’avance sur Mme la Duchesse d’Uzès, qui ne doit comparaître qu’aujourd’hui devant le tribunal, de nombreux clubmen, parmi lesquels l’élégant Maxime D… sont venus recevoir ce brevet de mondanité sous la forme d’une amende de cent sous. C’est moins cher qu’une cotisation de cercle et cela pose tout aussi bien ».

De nos jours, tout semble s’être inversé ! L’automobile s’est popularisée tandis que l’action publique menée contre la vitesse avec les milliers de radars sur nos routes laisse à penser que ce sont ceux qui possèdent toujours 12 points qui ont droit aux révérences mondaines.


À propos de l'auteur

Benjamin Philippe

Benjamin Philippe

L'auto, c'est une passion, ma passion ! Rédacteur du blog Autosphere, je partagerai avec vous l'actualité automobile, vous ferai rencontrer nos métiers. Une expérience automobile enrichie, c'est un partage ! Faîtes moi part de vos histoires, nous les mettrons en valeur ! La voiture de mes rêves ? Celle pour y loger toute ma famille et mon labrador ou celle purement égoïste ?

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