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Peut-on considérer une voiture comme une œuvre d’art ?

Peut-on considérer une voiture comme une œuvre d’art ?
15/04/2019

En cette journée internationale de l’Art nous avons voulu marquer le coup en nous demandant s’il est possible de considérer l’automobile comme une œuvre d’art. Et forcément, la réponse n’est pas aussi simple que cela…

Depuis des siècles, les artistes ont établi qu’une œuvre est réalisable sur une multitude de supports. C’est par le jugement expert (ou non) du public et du temps qui passe qu’une création accède au rang d’œuvre d’art. Une appréciation subjective mais recueillant néanmoins une certaine unanimité.

On aurait tort de penser qu’une œuvre d’art se limite à une peinture, une statue ou même le plafond de la chapelle Sixtine. Puisque les supports sont infinis afin de laisser libre court à la création, estimons si vous le voulez bien qu’une automobile est équivalente à un bloc de marbre, une toile blanche, une partition sans la moindre de clé de sol ou la paroi humide du fond d’une caverne. Au carrossier, au designer, au motoriste d’en faire un bel objet.

Les émotions

Au-delà de la création, une œuvre (d’art ou pas) doit générer de l’émotion pour celui qui s’en approche. Aussi sûr que la contemplation de la Joconde doit intriguer et que l’écoute du Requiem de Mozart doit émouvoir, s’approcher d’une Ferrari 250 Testa Rossa ne peut laisser de marbre. La différence avec une toile de maître ou une sculpture, c’est qu’il est possible de s’approprier l’automobile. De la conduire et même de la piloter. De faire vrombir sa mécanique. On imagine mal le passionné parcourir du bout des doigts l’épaisseur du coup de pinceau de Claude Monnaie ou s’asseoir sur les genoux du penseur de Rodin. L’automobile est une œuvre d’art qui se contemple et qui se vit. Elle éveille l’ensemble des sens mais incite-t-elle autant à la réflexion ? Pas de la même façon en tout cas.

Jadis, Henry Ford a déclaré ceci : « Quand je vois une Alfa Romeo, j’ôte mon chapeau ». Car au-delà des émotions artistiques et le plaisir qu’elles procurent, il est difficile de ne pas personnifier l’automobile. Petite ou grande, puissante ou modeste, chère ou accessible… le tout à travers une multitude de couleurs et de marques comme autant de courants. On y voit ainsi une variété de personnes. Henry Ford voyait en une Alfa Romeo, une femme. Une sublime femme. La galanterie la plus élémentaire implique alors de se découvrir en présence d’une dame. D’une grande dame, nous parlons d’une Alfa ! L’une des marques automobiles qui génèrent le plus d’émotions dans le monde. Surtout les modèles classiques. Il ne s’agit pas là d’être sans voix face à des performances modestes mais de tomber amoureux d’une belle personne et surtout de ses plus ou moins nombreux défauts. Cela s’appelle le charme.

De nombreux modèles de nombreuses marques laissent indifférents. Surtout lorsque l’on enlève les plus prestigieuses. Si une Peugeot 208, une Toyota Prius ou une Volkswagen Passat a tout pour nous laisser de marbre, une 504 cabriolet, une GT2000 ou une Karmann Ghia procure indiscutablement des émotions. L’expérience que l’on a au volant (ou à l’approche de ces automobiles) crée des souvenirs et contribue à faire de nous de meilleures personnes. Doit-on alors considérer la Pontiac Aztek comme un gribouillage d’école maternelle ? Tom Peters, son créateur, appréciera… Réputé comme le plus grand studio de design automobile, Pininfarina a inversement commis de nombreux impairs comme la première Ford Ka, la Bolloré Bluecar, la Hyundai Matrix ou encore la Peugeot 1007. En matière d’art comme d’automobile, le moche et le laid existent même s’il est avant tout une question d’appréciation personnelle et de subjectivité.

Et le rapport à l’argent dans tout ça ?

Comme pour tout le reste, il y a un marché de l’automobile (de collection ou non) comme il y a un marché de l’Art. En 2017, la toile de Léonard De Vinci, Salvator Mundi, a été adjugé pour quelques 450 millions de dollars. En 2015, l’état du Qatar s’était porté acquéreur de la toile de Paul Gauguin Nafea faa ipoipo (Quand te maries-tu ?) contre 300 millions de dollars. Dans une moindre mesure, une Bible de Gutenberg préservée vaudrait dans les 4 millions de dollars. Des sommes stratosphériques par encore atteintes par l’automobile de collection. Mais elle est sur la bonne voie : Ne comptez pas moins de 80 millions de dollars pour une Ferrari 250 GTO. 30 millions de dollars pour la Mercedes W196 victorieuse du Grand Prix d’Allemagne 1954 entre les mains de Juan Manuel Fangio. Au moins 22 millions de dollars pour la Jaguar D-Type victorieuse des 24 Heures du Mans 1956. Des sommes folles qui s’expliquent par la passion et surtout la spéculation. Et si la bulle pourrait bien un jour éclater, il restera toujours la beauté objective de ces autos et de leur relative simplicité au regard de l’automobile d’aujourd’hui. Des œuvres d’art vivantes qui doivent (comme n’importe pan de culture) être accessibles et étudiées par le plus grand nombre et non enfermées dans un garage aux allures de coffre-fort.


À propos de l'auteur

Benjamin Philippe

Benjamin Philippe

L'auto, c'est une passion, ma passion ! Rédacteur du blog Autosphere, je partagerai avec vous l'actualité automobile, vous ferai rencontrer nos métiers. Une expérience automobile enrichie, c'est un partage ! Faîtes moi part de vos histoires, nous les mettrons en valeur ! La voiture de mes rêves ? Celle pour y loger toute ma famille et mon labrador ou celle purement égoïste ?

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