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La Der des Ders vue de chez Renault, Peugeot et Citroën

La Der des Ders vue de chez Renault, Peugeot et Citroën
11/11/2014

Abominablement meurtrière, la première guerre mondiale a également permis l’ascension de quelqu’uns de nos champions industriels. Comme Renault, Peugeot et Citroën.

À la veille du conflit, plus de 150 constructeurs automobiles existent rien qu’en France. Si la voiture se démocratise petit à petit, elle reste un moyen de locomotion pour des personnes relativement aisées tandis qu’à l’international, la concurrence américaine est rude. Dans une lettre écrite en 1916 au ministère du commerce et de l’industrie (et cité par le Journal Les Echos), Louis Renault assurait que « l’outillage des usines américaines s’était développé de telle sorte que nos vendeurs à l’étranger se trouvaient en présence d’une concurrence redoutable par la médiocrité des prix. Une crise sérieuse se préparait, dont les effets désastreux se seraient fait sentir dès 1915 si la guerre n’avait pas éclaté ». Au-lieu d’une crise, de nombreux constructeurs français ont vu dans la Der des Ders une opportunité d’innover, des trouver des marchés et d’acquérir de la trésorerie pourvu qu’ils soutiennent l’effort de guerre.

Profiteurs de guerre ?

Que l’on fut allemand ou français, la première guerre mondiale ne devait pas s’éterniser. D’un côté comme de l’autre, on parlait de quelques semaines, tout au plus quelques mois. Une assurance qui venait, certes, de l’aveuglement des hommes, mais aussi dans le fait que cette première guerre technologique devait permettre d’avancer rapidement : Aviation, gaz, mitrailleuses, obus, premiers engins blindés… Il n’en fut rien, le conflit s’enlisa et il fallut pallier à diverses pénuries : Munitions, armes, moyens de transports, vivres… La France n’était pas prête. Dos au mur, l’État paya au prix fort ses manques auprès d’entreprises qui purent se développer, d’autant que l’État posa son mouchoir sur quelques règles comptables et fit même des avances afin d’accélérer le financement et la transformation de l’outil industriel. Du moins pour ce qui n’était pas importé. 

Durant cette période, Renault s’équipa : forges, aciéries, atelier d’emboutissage, fonderies de fonte et de bronze. Le 2ème classe Louis Renault est rappelé du front. L’espace de quatre ans, le chiffre d’affaire de Renault est multiplié par 4. Le char FT17 stoppa nette l'offensive allemande de 1918 sur le chemin des Dames précipitant l'ennemi vers la défaite.

Chez Peugeot, l’effort de guerre est tout azimut ! On fabrique des bombes, des obus, des chars, des véhicules, des cuisines roulantes, des casques… Une reconversion radicale pour une entreprise qui fabriquait 10 000 voitures en 1912, soit la moitié de la production française. L’usine Peugeot de Sochaux ne se remit à produire des voitures de tourisme qu’en 1921.

André Citroën importe le Taylorisme pour des obus de 75mm

La marque aux chevrons trouve également dans le conflit l’élan nécessaire pour devenir le grand constructeur d’aujourd’hui. Dès janvier 1915, André Citroën (qui entretenait ses propres Mors à l'état-major, mais qui a perdu son frère Bernard au front) parvient à convaincre le ministère de la guerre sur sa capacité à produire, sous trois mois, 20 000 obus explosifs par jour en important le productivisme de Frederick Winslow Taylor. Un modèle standardisé, rapide à produire à la chaîne. C’est ainsi que naquit l’usine parisienne de Javel, la première chaîne de montage du pays. Pour fabriquer des obus de 75mm. 

Néanmoins André Citroën ne se contenta pas seulement de révolutionner la cadence de production. Employant 12 000 ouvriers, dont 55% de femmes (les hommes étaient massivement au front), le site disposait de 4 000 vestiaires individuels, de 1 300 lavabos, une infirmerie, une crèche, une cantine de 3 500 couverts… Confortable pour l’époque quoique reposant sur un cycle de 11 heures de travail 7 jours sur 7. Bilan : 24 millions d’obus livrés, soit l'équivalent de 8% de tous les obus tirés par la France durant la guerre et un bénéfice de 40% qui assure la reconversion du site en usine automobile. Selon le même principe, 30 Citroën Type A sortirent de l’usine, chaque jour, dès 1919. 1 000 en 1928.

Néanmoins comme chaque industriels français, Louis Renault et André Citroën durent rendre 80% de leurs bénéfices de guerre à l'État français. 

Et si vous désirez en savoir davantage sur Louis Renault et André Citroën, il y a cet excellent documentaire « La course du Siècle » que vous pouvez retrouver en playlist sur dailymotion.

Sources photos : Forum usinages et Char-français


À propos de l'auteur

Benjamin Philippe

Benjamin Philippe

L'auto, c'est une passion, ma passion ! Rédacteur du blog Autosphere, je partagerai avec vous l'actualité automobile, vous ferai rencontrer nos métiers. Une expérience automobile enrichie, c'est un partage ! Faîtes moi part de vos histoires, nous les mettrons en valeur ! La voiture de mes rêves ? Celle pour y loger toute ma famille et mon labrador ou celle purement égoïste ?

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